🇺🇸 This article is also available in EnglishRead in English →
Retour aux articles
Électronique & High-Tech

Qualcomm et Samsung : Vers un partenariat 2nm surprise ?

12 janv. 2026
10 min de lecture
1 vues
TR
Thomas RenardExpert Tech
Qualcomm et Samsung : Vers un partenariat 2nm surprise ?

Qualcomm envisage un retour chez Samsung pour ses puces 2nm après le CES 2026. Une stratégie risquée pour contrer la domination de TSMC.


Le CES 2026 vient de fermer ses portes à Las Vegas, et si les gadgets IA étaient partout, la véritable bombe a été lâchée en coulisses. Cristiano Amon, le PDG de Qualcomm, a confirmé ce que les rumeurs laissaient entendre depuis des mois : le géant américain est en pourparlers avancés avec Samsung Foundry pour la production de ses futures puces en 2 nanomètres (2nm).

Cette annonce marque un tournant potentiel majeur dans l'industrie des semi-conducteurs. Après avoir quitté Samsung avec fracas en 2022 suite aux problèmes de chauffe du Snapdragon 8 Gen 1, Qualcomm semble prêt à redonner une chance au fondeur coréen. Pourquoi ce revirement ? Est-ce une bonne nouvelle pour nos futurs smartphones ? Analyse d'un coup de poker industriel.

En Bref

Si tu n'as pas le temps de tout lire, voici l'essentiel :

  • Retour confirmé : Qualcomm a non seulement entamé des discussions, mais a déjà finalisé le design d'une puce test sur le nœud 2nm de Samsung (SF2).
  • La stratégie du "Double Sourcing" : Qualcomm veut briser le monopole de TSMC, dont les prix explosent (30 000 $ par wafer) et dont les usines sont saturées par Apple et Nvidia.
  • Risque technologique : Samsung parie sur son avance dans la technologie GAA (Gate-All-Around), mais ses rendements de production (yields) restent inférieurs à ceux de TSMC, posant des questions sur la stabilité finale des puces.

Contexte : Les fantômes du passé et la domination de TSMC

Pour comprendre pourquoi cette annonce est surprenante, il faut remonter quelques années en arrière.

Le divorce de 2022

En 2021 et début 2022, le processeur phare de Qualcomm, le Snapdragon 8 Gen 1, était fabriqué par Samsung Foundry. Le résultat a été mitigé, pour ne pas dire critique : les téléphones chauffaient excessivement et l'autonomie fondait à vue d'œil. La gravure de Samsung n'était tout simplement pas au niveau de celle de son rival taïwanais, TSMC.

Qualcomm a alors pris une décision radicale en plein milieu de cycle : transférer la production de la version améliorée (Snapdragon 8+ Gen 1) chez TSMC. Le résultat fut immédiat : plus de puissance, moins de chauffe, meilleure autonomie. Depuis, TSMC a produit exclusivement les Snapdragon 8 Gen 2, Gen 3 et le récent Gen 4 (Elite), cimentant sa réputation de leader incontesté.

Pourquoi TSMC pose problème aujourd'hui

Si TSMC est techniquement au sommet, sa position de quasi-monopole sur la gravure fine (3nm et moins) pose trois problèmes majeurs à Qualcomm :

  1. Les Prix : TSMC facture ses services au prix fort. On parle d'une augmentation de 10 à 20% pour le passage au 2nm, atteignant des sommets proches de 30 000 dollars par wafer (galette de silicium).
  2. La Capacité : Tout le monde veut du TSMC. Apple réserve souvent la quasi-totalité des premières lignes de production pour ses iPhone (puces A-Series) et Mac (M-Series). Nvidia s'accapare le reste pour ses puces IA. Qualcomm se retrouve à devoir se battre pour obtenir des créneaux de fabrication.
  3. Le Risque Géopolitique : Concentrer 100% de sa production à Taïwan reste un risque stratégique que les entreprises américaines cherchent à diluer.

Analyse Approfondie : Le pari du 2nm de Samsung

C'est dans ce contexte que Samsung revient dans la course avec son nœud de gravure SF2 (2 nanomètres). Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

La technologie GAA : L'atout secret de Samsung ?

C'est ici que la technique devient intéressante. Pour graver aussi fin (2nm), l'industrie doit changer la structure même des transistors. On passe du FinFET (utilisé jusqu'au 3nm chez TSMC) au GAA (Gate-All-Around) ou MBCFET chez Samsung.

Imagine un tuyau d'arrosage. Dans l'ancien système (FinFET), on pinçait le tuyau sur trois côtés pour arrêter l'eau (le courant). Avec le GAA, on entoure complètement le tuyau. Le contrôle du courant est total : moins de fuites d'énergie, plus de performance.

  • L'avantage Samsung : Samsung utilise cette technologie GAA depuis sa gravure 3nm (SF3). Ils en sont à leur troisième génération avec le 2nm.
  • Le retard TSMC : TSMC n'adopte le GAA qu'à partir du 2nm. C'est leur première génération sur cette architecture.

Sur le papier, Samsung possède donc plus d'expérience pratique avec cette nouvelle structure complexe. C'est cet argument technique, couplé à une offre commerciale agressive, qui a séduit Cristiano Amon.

L'usine de Taylor, Texas : Un argument politique

Un autre facteur clé est l'ouverture imminente de l'usine géante de Samsung à Taylor, au Texas. Pour une entreprise américaine comme Qualcomm, pouvoir estampiller ses puces "Made in USA" (même via un fondeur coréen) est un atout politique majeur, aligné avec le CHIPS Act.

Une stratégie à deux vitesses ?

Selon les analystes présents au CES, Qualcomm ne mettrait pas tous ses œufs dans le même panier. Le scénario le plus probable est une stratégie "multi-source" :

  • Les puces "Ultra Premium" (ex: Snapdragon 8 Elite Gen 6 "Pro") resteraient chez TSMC pour garantir la performance maximale sans risque.
  • Les puces "Haut de gamme standard" ou des variantes spécifiques pourraient être confiées à Samsung.
  • Cela donne à Qualcomm un levier de négociation colossal : "Baissez vos prix, ou nous donnons plus de volume à Samsung."

Les Points Positifs

Si ce partenariat se concrétise pour la production de masse fin 2026 ou 2027, plusieurs bénéfices sont à prévoir :

  • Baisse des coûts (et donc des prix ?) : Samsung proposerait ses wafers 2nm autour de 20 000 $, soit environ 30% moins cher que TSMC. Si Qualcomm répercute cette économie, cela pourrait freiner l'inflation galopante du prix des smartphones haut de gamme.
  • Sécurisation des stocks : En ayant deux usines fournisseurs, Qualcomm évite les pénuries. Si une usine a un problème, l'autre peut compenser.
  • Innovation forcée : La concurrence est saine. Si Samsung parvient à égaler TSMC, cela forcera le géant taïwanais à innover encore plus vite ou à modérer ses tarifs, ce qui profite à tout le secteur tech.

Les Limites et Inconvénients

C'est la section la plus importante. Malgré l'optimisme affiché au CES, tout n'est pas rose. Il existe de vrais risques pour le consommateur final.

1. La loterie des puces (Chip Lottery)

C'est le cauchemar des utilisateurs avertis. Si Qualcomm décide de produire le même processeur (ex: Snapdragon 8 Gen 5) dans deux usines différentes, nous pourrions nous retrouver avec des disparités de performance.
Imagine acheter un Galaxy S27 : le modèle vendu en Europe (puce Samsung) pourrait chauffer plus ou être moins performant que le modèle vendu aux USA (puce TSMC), tout en portant le même nom commercial. C'est déjà arrivé par le passé avec les iPhone 6s (puce Samsung vs TSMC) et c'est une source majeure de frustration.

2. Des rendements (Yields) encore instables

Les rapports industriels de janvier 2026 indiquent que les rendements de Samsung sur le 2nm tournent autour de 50 à 60%. Cela signifie que sur une galette de silicium produite, près de la moitié des puces sont défectueuses et jetées.
En comparaison, TSMC vise souvent les 70-80% à ce stade de maturité.

  • Conséquence : Si Samsung n'améliore pas ses rendements rapidement, ils ne pourront pas fournir les volumes énormes demandés par Qualcomm pour un lancement mondial (comme la série Galaxy S). Cela pourrait entraîner des retards ou des stocks limités.

3. La gestion thermique reste à prouver

L'expérience du GAA est une chose, la réalité thermique en est une autre. Samsung a souffert d'une réputation de "fondeur chaud" pendant des années. Même si la technologie change, l'optimisation des processus de fabrication prend du temps.


Et Maintenant ?

Le design est prêt, les discussions sont en cours, mais rien n'est encore gravé dans le silicium pour la production de masse.

  • Ce qu'il faut surveiller : Les annonces concernant le Snapdragon 8 Elite Gen 5 (prévu fin 2025/début 2026) et surtout le Gen 6. C'est probablement sur la génération 2027 que l'impact Samsung se fera sentir.
  • Le rôle du Galaxy S27 : Samsung Electronics (la division mobile) sera le premier client logique. Il est fort probable que le Galaxy S27 utilise une version "For Galaxy" du Snapdragon fabriquée... par Samsung Foundry. La boucle serait bouclée.

Conclusion

Qualcomm joue une partie d'échecs complexe. Revenir vers Samsung n'est pas un choix de cœur, mais une nécessité économique et stratégique pour ne pas se laisser étouffer par TSMC.

Pour toi, consommateur, c'est une arme à double tranchant. D'un côté, cela pourrait empêcher ton prochain smartphone de coûter 2000. De l'autre, cela réintroduit un risque sur la qualité et l'efficacité énergétique que TSMC avait réussi à gommer ces dernières années.

Si tu prévois de changer de smartphone "haut de gamme" dans les 18 prochains mois, tu resteras sur du TSMC (Snapdragon 8 Elite actuel). La bascule vers Samsung ne concernera probablement que les appareils sortant fin 2026 ou 2027. D'ici là, espérons que Samsung Foundry ait réellement corrigé le tir.

Questions Fréquentes

Qualcomm cherche à briser le monopole de TSMC pour réduire les coûts de production qui atteignent 30 000 $ par wafer et sécuriser ses stocks face à la saturation des usines taïwanaises par Apple et Nvidia. Cette stratégie de "Double Sourcing" permet aussi de réduire les risques géopolitiques.

L'architecture GAA (Gate-All-Around) entoure complètement le canal du transistor, offrant un contrôle total du courant et limitant les fuites d'énergie. Pour l'utilisateur, cela se traduit théoriquement par une autonomie nettement supérieure et une chauffe réduite par rapport aux technologies actuelles.

C'est une possibilité forte, car Samsung propose ses wafers 2nm environ 30 % moins chers que TSMC. Si Qualcomm répercute cette économie sur les constructeurs, cela pourrait stabiliser, voire baisser le prix final des smartphones haut de gamme à l'horizon 2027.

Oui, le risque de "Chip Lottery" est réel si un même modèle de téléphone utilise aléatoirement une puce gravée par Samsung ou TSMC. Historiquement, cela a déjà créé des disparités d'efficacité énergétique et de gestion thermique sur des appareils portant pourtant le même nom commercial.

La production de masse n'étant pas prévue avant la fin 2026, les premiers appareils concernés seront probablement ceux de la génération 2027 (type Galaxy S27). Les smartphones sortant dans les 18 prochains mois resteront majoritairement sous architecture TSMC.

La différence majeure réside dans l'expérience : Samsung utilise l'architecture GAA depuis sa gravure 3nm, en étant à sa troisième génération, alors que TSMC l'introduit pour la première fois sur le 2nm. Cette maturité technologique pourrait donner un avantage initial à Samsung sur la stabilité du processus.

TR

Thomas Renard

Expert Tech

Geek assumé et early adopter, Thomas décortique les specs et teste les gadgets avant tout le monde. Ex-ingénieur, il sépare le vrai du bullshit marketing.

Articles similaires

Restez informé

Recevez les derniers articles, conseils et offres exclusives dans votre boîte mail.

Nous respectons votre vie privée. Désabonnez-vous à tout moment.